Une histoire déroutante à l'écriture singulière.
"1992, Estonie occidentale.
C'est toujours la mouche qui gagne.
Aliide Truu fixait une mouche du regard et la mouche la fixait aussi. Elle avait des yeux globuleux et Aliide en avait la nausée. Une mouche à viande. Exceptionnellement grosse, bruyante, et qui ne demandait qu'à pondre. Elle guettait pour aller dans la cuisine et se frottait les ailes et les pattes, sur le rideau de la chambre, comme si elle s'apprêtait à passer à table. Elle était en quête de viande, de viande et de rien d'autre. Les confitures et autres conserves ne craignaient rien, mais la viande...La porte de la cuisine était fermée. La mouche attendait. Elle attendait qu'Aliide se lasse de la traquer dans la chambre et qu'elle sorte, qu'elle ouvre la porte de la cuisine. La tapette fouetta le rideau de la chambre. Le rideau ondula, chiffonnant les fleurs de dentelle et dévoilant furtivement les oeillets d'hiver derrière la fenêtre, mais la mouche se déroba et alla déambuler sur la vitre à une bonne distance au dessus de la tête d'Aliide. Du calme! Elle en avait besoin, maintenant, pour garder la main ferme."

Difficile de présenter ce roman finlandais (un best-seller en Europe du Nord) sans en déflorer le suspens. Laurel (ma soeurette) me l'a, à juste titre, conseillé comme un objet littéraire sortant de l'ordinaire: au delà du "jeu" et des liens entre deux époques de l'histoire Estonienne pour le personnage central, l'auteur a des trouvailles épatantes [j'adore ce mot désuet qui me vient de Mamie Moune!] pour nous imprégner du vécu de scènes décapantes, et mettre en lumière des traumatismes intimes...
Aliide Truu, vieille veuve qui passe ses journées à cuisiner des conserves, voit débouler dans son morne quotidien la jeune Zara sans se douter qu'elle va bouleverser sa vie: cette rencontre hasardeuse est le prétexte à nous dévoiler son passé et celui de son petit pays malmené tour à tour par l'empire germanique et russe.
Aliide fait partie de ces personnages sur lequel notre regard de lecteur évolue tout au long du roman, ce qui personnellement me ravit à chaque fois. Son histoire et sa personnalité ainsi que celles de Zara, sont sans doute celles de nombreuses autres jeunes femmes aux mêmes moments (1940-50 et 1990). Elles m'ont tenues en haleine, parfois de manière très inconfortable (la boule au ventre), m'emmenant dans des zones d'ombre dont on n'a pas toujours les clefs.
J'ai vraiment eu du mal à vous raconter cette lecture: j'ai aimé le suspens qui nous tient, la singularité de l'écriture et l'approche psychologique de Sofi Oksanen. Il y a quelques scènes...hyper percutantes. Par ailleurs, j'ai été gênée de ne pas "tout comprendre tout le temps tout de suite" (ne me dîtes pas que c'est l'un de mes grands problèmes ;). L'auteur présente en fin de livre une chronologie succincte de l'histoire Estonienne (dont j'aurais du coups préféré qu'elle soit en début!), et une carte...dans laquelle il manque des lieux plusieurs fois évoqués dans le roman (why??). Plusieurs lettres (assez touffues et citant nombre de personnages jamais évoqués dans le roman, re-why??) viennent clore cette étonnante histoire, visiblement pour l'éclaircir...mais moi j'y ai trouvé encore plus de mystères qu'il ne m'en restait à comprendre (re-re why??) !!!
En résumé, je suis, malgré toutes ces critiques, très contente d'avoir lu cette Purge ;et impatiente d'avoir vos avis (et éclaircissements!!)
(désolée pour la photo pas très clean, je teste plusieurs modes d'importation...et suis loin d'être une geek efficace!)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.