A vos livres,... lisez, ...partagez!

L'idée de ce blog m'est venue à la suite d'une discussion enthousiasmante avec des proches, autour de nos dernières lectures.
J'ai fait le constat que je partageais cette même passion des livres et du partage des émotions qu'ils avaient suscitées avec une poignée de personnes d'univers très différents, rencontrées lors d'occasions plus ou moins fréquentes, mais dont les sentiments et conseils de lectrice m'étaient tous chers.
Laurel,Catherine, Cécile, Corinne, Jo, c'est à vous que je destine ce blog, qui se veut le modeste "trait d'union" entre ces amies de coeur: un lieu de sincères rencontres et d'humbles partages de lecture.
Alors à vos livres,...lisez!...partagez!
Marine

dimanche 26 août 2018

Chien-Loup, de Serge Joncour

Que vous soyez chien ou loup, gardez vous loin de ce bouquin!

Je vous le dis tout de go: je n'ai pas aimé ce livre, et, n'étaient le regret de ne connaître le mot de la fin ainsi que tenir le cap d'honnêteté de ce blog de partage, je l'aurais tenu sous silence!
L'histoire: partagée sur le même lieu (le massif d'Orcières dans le Lot) mais en deux espaces temps, elle relate l'histoire d'un petit village durant la guerre de 14/18 où se réfugient un dompteur de cirque et ses fauves, et le séjour estival en 2017 d'un couple de parisiens, quadras dont la femme est éprise de nature et d'isolement et le mari accro au net. Ces derniers louent la demeure de l'ancien dompteur et y sont accueillis par un énorme chien-loup, censé symboliser la transmission du vécu d'un lieu par delà les âges.
J'ai rarement lu de personnages aussi caricaturaux et factices: en 1914 nous rencontrons la belle et douce femme du médecin, rapidement veuve de guerre; le sage vieux maire du village; le gentil maître d'école; le vil forgeron et le berger simplet. En 2017 nous avons droit à Franck, producteur de cinéma aux contours flous si ce n'est son addiction au smartphone et réseaux sociaux, que la zone blanche de l'endroit rend dingo(mais qui en moins de deux semaines y retrouve le vrai sens de la vie authentique...); et sa femme Lise, ex comédienne, ex cancéreuse, végétarienne ivre de connexion avec la Nature, au tempérament serein et bienveillant. 
Les sentiments, pensées, peurs, doutes des différents protagonistes sont changeants ,sans aucune nuance ni cohérence. Au lieu de nous dresser des portraits d'êtres que l'on pourrait cerner, comprendre et aimer un tant soit peu, en les accompagnant dans l'histoire,Joncour adopte la démarche inverse: il se sert des événements de leur passé pour justifier la réaction ou réflexion  d'un personnage mais a posteriori! D'où ce sentiment pour le lecteur d'être manipulé par une construction "facile" des personnages qui demeurent artificiels: l'auteur peine à leur donner corps et âmes crédibles, tentant par leurs soudains changements d'humeur, d'envie ou de conviction de nous faire croire à leurs soit-disant différentes facettes...c'en est ridicule à de nombreux moments.
En exemple ce Franck,décrit comme distant et en opposition à nombres valeurs et aspirations de sa femme qui le traîne dans ce 'trou perdu où ça ne capte même pas", qui lorsqu'il craint l'avoir perdue (dans une forêt) réalise subitement qu'elle est tout pour lui et qu'il ne survivrait pas à sa disparition. Pour autant rien ne se manifeste dans la suite de cette prise de conscience: ni tendresse, ni geste, ni échange de quelque ordre que ce soit! Certes il évolue au fil du roman, mais sans qu'un élément tangible ou évolution psychologique crédible l'explique...on croit difficilement en lui au début, et encore moins à la fin!
D'une façon générale, les modifications d'émotion, de certitude ou d'envie des protagonistes ne sont ni durables ni réalistes. Trop de pseudo vérités intimes ou certitudes existentielles émergent aussi subitement et facilement (il peut suffire d'un rugissement ou d'une journée de pluie pour que les émotions des personnages soient artificiellement revisités par Joncour) qu'elles disparaissent ensuite.
Et ce constat vaut pour tous les personnages principaux!

J'ai trouvé l'écriture de Joncour  lourde, longue,facile, redondante, vraiment très"grossière"...je n'ai pas trouvée la "finesse" (sans parler de style propre)  reconnue chez tant d'auteurs contemporains...ou passés.

Si je dois m'astreindre à tenter de cerner un point positif dans cette oeuvre...deux scènes méritent vaguement d'être lues: celle où Franck se transforme en tueur ...en mangeant héroïquement une tranche de jambon (p.345 risible) et celle, toute en sensualité retenue,où émerge le désir de Joséphine (la veuve) pour le dompteur lors de leur rencontre (p.163).

Je doute que mon article vous pousse à tenter cette lecture, mais si certains d'entre vous s'y hasardent, par pitié faîtes moi part de vos commentaires!!



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