A vos livres,... lisez, ...partagez!

L'idée de ce blog m'est venue à la suite d'une discussion enthousiasmante avec des proches, autour de nos dernières lectures.
J'ai fait le constat que je partageais cette même passion des livres et du partage des émotions qu'ils avaient suscitées avec une poignée de personnes d'univers très différents, rencontrées lors d'occasions plus ou moins fréquentes, mais dont les sentiments et conseils de lectrice m'étaient tous chers.
Laurel,Catherine, Cécile, Corinne, Jo, c'est à vous que je destine ce blog, qui se veut le modeste "trait d'union" entre ces amies de coeur: un lieu de sincères rencontres et d'humbles partages de lecture.
Alors à vos livres,...lisez!...partagez!
Marine

vendredi 1 avril 2016

O nuit ô mes yeux, de Lamia Ziadé



O nuit, ô mes eux est un roman graphique sur les stars égyptiennes du cinéma et de la chanson des années 1930 aux années 1980 : Samia Gamal, Mohamed Abdelwahab, Farid El Atrache, Asmahan, Fairouz et tant d’autres parmi lesquels bien sûr, la star des stars, Oum Kalthoum.









Lamia Ziadé raconte le destin de ces figures légendaires, stars du cinéma et de la chanson, deux arts alors étroitement liés. A travers elles, elle refait vivre tout un monde, celui d’un Levant (Liban-Egypte-Syrie) en ébullition culturelle, artistique et politique, son cœur foisonnant et palpitant, Le Caire, et son rayonnement qui illumine et fait vibrer toutes les capitales du monde arabe.



C’est un récit extrêmement riche historiquement, on apprend plein de choses : l’essor du cinéma et la révolution qu’a connu la musique arabe au début du XXe siècle, le monde des cabarets cairotes qui voit émerger l’art de la danse orientale et ses stars mémorables, le foisonnement de la presse, de la radio notamment par l’émergence de figures féminines (productrices, créatrices de journaux féminins, journalistes), les liens qu’entretient le monde de la chanson, art noble et sublimé, avec le pouvoir (la cour du roi Farouk d’abord, Nasser ensuite), les répercussions sur la vie artistique des soubresauts politiques (les mouvements indépendantiste, les guerres avec Israël, la nationalisation du canal de Suez, etc) et les artistes qui « s’engagent » pour la cause nationale.





Mais ce n’est pas seulement un livre riche d’Histoire : le récit s’attache à quelques figures dont il décrit le parcours minutieusement, de leurs origines et débuts difficiles dans le métier, à la gloire, ses bonheurs et ses étourdissements. Ses personnages deviennent familiers au lecteur, tant le livre ne se cantonne pas au seul récit de leur success-story, mais nous fait aussi rentrer ans leur intimité. C’est l’occasion alors de voir l’envers du décor : la rivalité et la concurrence quelquefois féroce entre les chanteuses, le poids d’une société par endroits encore très traditionnelle et très machiste et la difficulté pour les femmes de choisir leurs parcours et d’assumer leurs destins, les contre-coups de la célébrité, les vies d’excès, les affres de la dépression, les pannes d’inspiration, les compromis (difficile conciliation entre vie d’artiste et vie de famille) voire les compromissions (les coups bas à l’encontre des rivales, les appels aux puissances étrangères ennemies pour relancer une carrière).



La lecture est agréable ; le récit est organisé en courts chapitres de 2 ou 3 pages, entrecoupés de dessins aux teintes pastel qui racontent les lieux et les grands moments (l’Opéra du Caire, le 1er concert d’Oum Kalthoum devant le roi), les voyages à Jérusalem ou Beyrouth, les paysages, mais aussi les intérieurs, les habits, les unes de journaux, les modes, la scénographie des spectacles. De beaux dessins qui restituent de façon très personnelle les couleurs, les lumières, l’ambiance, les époques.




On a l’impression de lire non pas un récit historique mais un roman, tant ces figures deviennent de vrais personnages, connaissant des histoires rocambolesques et destins incroyables dans un monde haut en couleurs que contribuent parfaitement à restituer les dessins : cabarets obscurs, concert à Beyrouth, dimanche à la cour du Roi, soirées sur le Nil, où se côtoient starlettes, producteurs, généraux de l’armée, amants, journalistes, des histoires d’amour sublimes ou contrariées, des carrières qui semblent éternelles et subitement entravées, le public en adoration, les palais, les guerres, les coups médiatiques, les soupçons de meurtre ou d’arrangement avec les espions allemands.





Quels destins que ceux de Farid El Atrache et de sa sœur Asmahan, issus d’une famille syrienne druze fuyant les guerres, passés par le Liban et qui feront ensemble une immense carrière au Caire, jusqu’à ce que le sort les sépare, et que chacun poursuive sa route, chaotique pour Asmahan, qui connaîtra le succès, puis la dépression, se retirera du métier, puis reviendra au Caire lancer sa carrière, subira les foudres de l’ombrageuse Oum Kalthoum, de son frère, de son mari, et connaîtra pour finir un destin tragique !



Et quel destin bien sûr que celui d’Oum Kalthoum, véritable légende vivante, aux concerts mythiques (très bien décrits, on a l’impression d’y être), adulée comme une déesse par les foules dans tout le monde arabe ! 

1 commentaire:

  1. On a vraiment envie de se plonger dedans à la lecture de ce compte rendu. Cela a évoqué pour moi la trilogie du Caire de Naguib Mahfouz, qui dépeint à peu près la même période. Peux tu me mettre sur la liste des emprunteuses potentielles svp.
    P.S. Par contre j'ai eu un problème de police et de mise en page sur cette fiche, je ne sais pas si c'est un but sur mon iPad ou si cela vient de TOI ! 😜

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