A vos livres,... lisez, ...partagez!

L'idée de ce blog m'est venue à la suite d'une discussion enthousiasmante avec des proches, autour de nos dernières lectures.
J'ai fait le constat que je partageais cette même passion des livres et du partage des émotions qu'ils avaient suscitées avec une poignée de personnes d'univers très différents, rencontrées lors d'occasions plus ou moins fréquentes, mais dont les sentiments et conseils de lectrice m'étaient tous chers.
Laurel,Catherine, Cécile, Corinne, Jo, c'est à vous que je destine ce blog, qui se veut le modeste "trait d'union" entre ces amies de coeur: un lieu de sincères rencontres et d'humbles partages de lecture.
Alors à vos livres,...lisez!...partagez!
Marine

vendredi 1 avril 2016

Un bonheur parfait, de James Salter




L'histoire de Viri et Nedra, un couple d'Américains, 2e moitié du XXe siècle, de leur mariage à leur mort, leur(s) histoire(s) d’amour, leur vie familiale, leurs amitiés et leurs passions. Après Et rien d’autre, deuxième livre que je lis de cet auteur américain.












Je suis toujours déconcertée par le début de ses livres : des personnages en demi-teinte, à l’égard desquels l’auteur conserve toujours une certaine distance, presque une froideur ; des intrigues qui ne sont pas du tout…intrigantes, déroulant simplement la vie presque banale de ses personnages ;  un récit qui désarçonne au début, par une absence d'ancrage et une variation des points de vue, des ellipses très longues suivies de scènes décrites minutieusement mais qui semblent tourner court, de nombreux personnages secondaires qui disparaissent de l’histoire aussitôt apparus.

L’auteur semble rester à la surface, pointant de loin en loin tel épisode, on cherche le sens, les liens, on s‘interroge sur le fil que suit le récit. Pourquoi nous raconter cette soirée avec ce couple d’amis par le menu, quand on ne verra plus ces amis de tout le livre ensuite ? Que faut-il saisir de cette longue description des lumières et des bruits de New-York observés par l'héroïne qui, à la nuit tombée, traverse la ville en taxi ? Comment comprendre cette dispute qui agite le couple à propos d’une pièce de théâtre, quand au chapitre suivant, la vie conjugale reprend son tranquille cours quotidien ?

Et puis, vient un moment où l’alchimie fonctionne, et où je rentre dans le récit qui trouve tout son sens : celui du temps qui passe. Ca n’a l’air de rien mais c’est super balèze. Un goûter d’anniversaire avec les enfants dans la maison familiale au bord du fleuve, la lumière du soleil ce jour-là, les sourires des invités au moment de trinquer, Nedra raconte qu’elle a tellement envie de partir en voyage en Europe au printemps prochain… Cet épisode tombera dans l’oubli, peut-être, ou des traces en resteront -peu importe finalement, l’héritage qu’il laissera : quand il est vécu, il est la forme et la couleur que prend la vie des personnages à ce moment-là.

L’important n’est pas l’histoire des personnages ; l’important, ce sont les personnages dans leur histoire.  La vie n’est pas une ligne d’horizon continue et cohérente, avec des virages, des tournants, des évolutions. C’est une plongée verticale dans le temps présent et unique d’un être respirant, agissant, ressentant, son expérience immédiate, ses sensations, ses pensées face à lui-même, le désir qu’il ressent à ce moment, les futurs possibles qui miroitent, les épisodes passés que ce moment fait resurgir, autant d’éléments qui s’évanouissent dans l’inconscient, dans l’oubli, dans la multitude des moments successifs. L'auteur nous place dans l’expérience individuelle perpétuellement renouvelée, l'épreuve du temps qui s'écoule d'un présent à l'autre.

On est donc avec Viri et Nedra, avec l’un puis avec l’autre, au fil de ces pages. Le portrait de ce couple se dessine, entre l’image qu’il renvoie auprès de son entourage, celle d’un couple uni et solide, et les mouvements internes qui agitent leur relation. On connaîtra les aléas de leurs désirs, de leurs états d’âme, de leurs perspectives d’avenir. De très beaux passages, d’innombrables « fulgurances littéraires » qui disent si bien ce que ressentent cette femme et cet homme, c’est saisissant de justesse. J’ai corné d’innombrables pages. C’est un livre que j’ai terminé en me disant…qu’il fallait que je le relise !


Bref, James Salter est pour moi un maître du roman. Je recommande vivement cette lecture, en invitant à ne pas se laisser déconcerter par les premières pages de lecture !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.