A vos livres,... lisez, ...partagez!

L'idée de ce blog m'est venue à la suite d'une discussion enthousiasmante avec des proches, autour de nos dernières lectures.
J'ai fait le constat que je partageais cette même passion des livres et du partage des émotions qu'ils avaient suscitées avec une poignée de personnes d'univers très différents, rencontrées lors d'occasions plus ou moins fréquentes, mais dont les sentiments et conseils de lectrice m'étaient tous chers.
Laurel,Catherine, Cécile, Corinne, Jo, c'est à vous que je destine ce blog, qui se veut le modeste "trait d'union" entre ces amies de coeur: un lieu de sincères rencontres et d'humbles partages de lecture.
Alors à vos livres,...lisez!...partagez!
Marine

lundi 4 janvier 2016

Valentine Goby


Une erreur de jeunesse...
et une impressionnante prouesse!



Je viens de finir "Sept jours", de Valentine Goby, dont j'ai hésité à vous parler parce que je suis loin d'en avoir été emballée. Cependant, je me suis fait la réflexion qu'il pouvait aussi être utile d'évoquer nos déceptions littéraires, qui ne seront d'ailleurs pas forcément partagées par chacun de vous!
"Sept jours" est un projet littéraire ambitieux (l'aspiration de l'auteure à faire preuve d'originalité est trop visible à mon gôut), sur un thème un peu casse-gueule parce qu'archi-usité (quatre frères et soeurs se retrouvent dans leur maison d'enfance, peu après la mort de leur mère), avec une approche aux multiples écueils psychologico-poético-émotionnels dans lesquels Valentine Goby tombe au fil des pages. Ses choix concernant les personnalités et parcours de sa fratrie se veulent nuancés et sources de "noeuds" voire secrets à dévoiler, mais ils en deviennent vite peu crédibles et nébuleux (le comble, c'est qu'il y a pourtant des mystères qui restent entiers!)
Et pourtant...on devine un potentiel d'écrivain, une foisonnante créativité, une sensibilité capable de finesse: les germes d'une auteure capable de profondeur et de justesse...et pour cause: c'est elle qui a aussi écrit "Kinderzimmer", dont j'ai partagé la percutante lecture avec certaines d'entre vous il y a un an ou deux déjà! 

Et en y regardant de plus près tout s'explique: il y a quasiment 10 ans d'écart entre ses deux romans,au bénéfice de "Kinderzimmer", roman magistral et absolument bouleversant. 



Du coups, j'ai nettement plus envie de vous offre le prologue de ce dernier: 



"Elle dit mi-avril 1944, nous partons pour l'Allemagne.


On y est. Ce qui a précédé, la Résistance, l'arrestation, Fresnes, n'est au fond qu'un prélude. Le silence dans la classe naît du mot Allemagne, qui annonce le récit capital. Longtemps elle a été reconnaissante de ce silence, de cet effacement devant son histoire à elle, quand il fallait exhumer les images et les faits tus vingt ans; de ce silence et de cette immobilité car pas un chuchotement, pas un geste dans les rangs de ces garçons et filles de dix-huit ans, comme s'ils savaient que leurs voix, leurs corps si neufs pouvaient empêcher la mémoire. Au début, elle a requis tout l'espace. Depuis Suzanne Langlois a parlé cinquante fois, cent fois, les phrases se forment sans effort, sans douleur, et presque, sans pensée.

Elle dit le convoi arrive quatre jours plus tard.

Les mots viennent dans l'ordre familier, sûrs, elle a confiance. Elle voit un papillon derrière la vitre dans les branches de platane; elle voit couler la poussière dans la lumière oblique rasant les chevelures; elle voit battre le coin d'un planisphère mal scotché. Elle parle. Phrase après phrase elle va vers l'histoire folle, la mise au monde de l'enfant au camp de concentration, vers cette chambre des nourrissons du camp dont son fils est revenu vivant, les histoires comme la sienne on les compte sur les doigts de la main. C'est aussi pourquoi elle est invitée dans ce lycée, l'épreuve singulière dans la tragédie collective, et quand elle prononcera le mot Kinderzimmer, tout à l'heure, un silence plus dense encore tiendra la classe comme un ciment. Pour l'instant, elle est juste descendue du train, c'est l'Allemagne, et c'est la nuit.

Elle dit nous marchons jusqu'au camp de Ravensbrück".


Cliquez ici pour la berceuse musicale de Mila
Tout est dit: ce livre raconte l'histoire de Mila, déportée au camp de Ravensbruck en 1944, enceinte; et surtout l'existence de cette inimaginable "pouponnière"-kinderzimmer.
Mais la substance essentielle et magnifique que je vous invite à recevoir au creux du coeur est à lire page après page, déposée miraculeusement par V.Goby au fond de chaque mot, sans emphase ni larmoiement macabre.
La prouesse de l'auteure est de parvenir à offrir avec une troublante justesse la succession d'"instants présents" à jamais disparus qui ont constitué la vie de Mila.
Et lorsque cette lecture s'achève, ce sont la grâce et force inattendues de ces événements minuscules qui restent au coeur.

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