A vos livres,... lisez, ...partagez!

L'idée de ce blog m'est venue à la suite d'une discussion enthousiasmante avec des proches, autour de nos dernières lectures.
J'ai fait le constat que je partageais cette même passion des livres et du partage des émotions qu'ils avaient suscitées avec une poignée de personnes d'univers très différents, rencontrées lors d'occasions plus ou moins fréquentes, mais dont les sentiments et conseils de lectrice m'étaient tous chers.
Laurel,Catherine, Cécile, Corinne, Jo, c'est à vous que je destine ce blog, qui se veut le modeste "trait d'union" entre ces amies de coeur: un lieu de sincères rencontres et d'humbles partages de lecture.
Alors à vos livres,...lisez!...partagez!
Marine

dimanche 17 janvier 2016

Pour seul cortège, de Laurent Gaudé

Afficher l'image d'origineUn pur Gaudé!

Je pensais avoir dévoré tous les romans de cet auteur doublement "Goncourté" (il a aussi eu celui des lycéens), ... quel ne fut mon plaisir de découvrir un titre qui m'avait échappé, lors d'un week end parisien chez ma soeur (je vous passe les âpres négociations avec elle pour l'emmener dans le Perche...!)).



Plaisir qui a persisté tout au long de cette lecture, dans le pur style de cet auteur aux textes ciselés, lestant avec une idéale parcimonie son registre de langue de mots soutenus, laissant transpirer sans vanité une érudition qui nourrit son récit , sans jamais laisser son lecteur sur le bord du chemin.
Au delà des somptueuses richesses du style de Gaudé, j'aime particulièrement son talent de conteur, qui nous entraîne par la main jusqu'au coeur de chacun de ses personnages, percevoir de l'intérieur leurs atermoiements existentiels, émotions intimes et âpreté de vie.
Dans Pour seul cortège Laurent Gaudé réussit, à mes yeux, le même exploit qu'avec La mort du roi Tsongor (2002) : au travers d'une histoire improbable, oscillant entre légende et récit historique, il nous transpose dans le quotidien d'un univers ancestral comme on plonge dans un bain bouillant. On est d'abord saisi, pétrifié par la rudesse des hommes, la violence de ce temps et la chappe d'une issue qui paraît inéluctable. Et puis ses mots choisis nous irradient peu à peu de la lumière de ce soleil séculaire, déplacent nos regards en les approchant au plus près des sens et sentiments de ces personnages devenus compagnons  proches et attachants. Personnellement, j'ai achevé ce voyage-lecture avec l'unique regret de les quitter.



Je vous laisse avec ce (presque) incipit:

"Elle vient de se lever et l'air du matin, face aux hautes montagnes d'Arie, s'est vidé des sons du monde: vol d'oiseaux, souffle de vent, clameur lointaine... Tout est froid et immobile. Elle est loin de Babylone, sur la terrasse de ce temple suspendu qu'elle a choisi pour refuge. Les prêtres se lèvent, eux aussi, les uns après les autres, comme chaque matin, pour vaquer en silence à leurs tâches. Et puis, d'un coups, l'un d'entre eux s'immobilise sur les remparts en pointant du doigt la plaine. "Regardez!" Elle fait comme les autres, s'avance avec célérité vers le muret, impatiente de voir ce qu'il indique, mais au moment où elle pose la main sur le rebord, elle sent autour d'elle l'air se charger de menaces".


P.S. je ne saurai trop vous conseiller de lire aussi Le soleil des Scorta, Eldorado et Ouragan...qui mériteraient tous un article mais dont ma lecture remonte à trop longtemps!

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