A vos livres,... lisez, ...partagez!

L'idée de ce blog m'est venue à la suite d'une discussion enthousiasmante avec des proches, autour de nos dernières lectures.
J'ai fait le constat que je partageais cette même passion des livres et du partage des émotions qu'ils avaient suscitées avec une poignée de personnes d'univers très différents, rencontrées lors d'occasions plus ou moins fréquentes, mais dont les sentiments et conseils de lectrice m'étaient tous chers.
Laurel,Catherine, Cécile, Corinne, Jo, c'est à vous que je destine ce blog, qui se veut le modeste "trait d'union" entre ces amies de coeur: un lieu de sincères rencontres et d'humbles partages de lecture.
Alors à vos livres,...lisez!...partagez!
Marine

dimanche 15 octobre 2017

Le ravissement des innocents, de Taiye Selasi





Le ravissement des innocents, Taiye Selasi, Gallimard

Voilà plus d’un an que je ne lisais presque plus, ou très peu : des lectures choisies au hasard, sans conviction, des livres commencés mais abandonnés au bout de quelques jours, quelques livres achevés et aussitôt oubliés. L’angoisse du « aurais-je perdu le goût de la lecture ? », que vous devez connaître ! Puis ce livre-là m’a sortie de cette torpeur amère. Et donné envie de le partager avec vous.

Le ravissement des innocents raconte l’histoire de la famille Sai, une famille d’origine africaine (le père est ghanéen, la mère est nigériane) expatriée aux Etats-Unis. Lui, Kweku, médecin talentueux, cherche à y accomplir un rêve d’ascension sociale, un véritable Everest si l’on considère le petit village de pêcheurs au bord de l’océan atlantique où il a grandi. Elle, Fola, brillante jeune fille de la bourgeoisie, poussée à quitter le Nigéria par les violences politiques qui mèneront à la guerre du Biafra. Ils tombent amoureux, fondent une famille : Olu, l’aîné, sage, travailleur, responsable, Kehinde et Taiwo, des jumeaux étroitement liés, lien mystérieux et imperméable aux autres, puis Sadie, la petite dernière. 

L’histoire commence par la mort de Kweku, revenu vivre au Ghana, seul, sans qu’on sache alors ce qui explique ce retour sur sa terre natale.  Puis le roman remonte le temps, pour retracer l’histoire de la famille, la vie de leur foyer aux Etats-Unis, puis le drame qui fait exploser l’édifice, en engendre d’autres, et le parcours de chacun des six personnages dans la tourmente.  Je n’en dis pas plus pour préserver votre lecture...

Ca parle d’exil, combien il est difficile de quitter l’endroit d’où l’on vient, et surtout combien il est difficile de trouver un ancrage ailleurs. Ca parle de la difficulté à trouver sa place, dans un nouveau pays, de surcroît pour des Noirs aux Etats-Unis. Ca parle aussi, et surtout, de la difficulté de trouver sa place dans sa famille. Du rôle échu à chacun, qui enserre –ou dans lequel chacun s’enserre.. Des formes que peut prendre l’envie de s’émanciper du carcan et de s’affranchir d’une histoire familiale et personnelle lourde, faite de déchirements, de traumatismes, de secrets douloureux longtemps  tus, qui finissent pas ressurgir. Et puis ça parle aussi des liens étroits qui unissent une famille, d’amour, de réconciliation, d’apaisement, de retrouvailles. 

Au fur et à mesure de la lecture, l’histoire s’éclaire, et éclaire chacun des six personnages, qui sont superbement construits, décrits, et qui en deviennent très attachants. J’ai eu pour ma part un faible pour la mère, Fola, le personnage-trait d’union, pivot intangible du fragile équilibre familial, à qui il suffit de palper différents endroits de son ventre pour ressentir ses enfants, comme un lien à la fois viscéral et spirituel qui les unit à eux : « Elle se touche le ventre comme toujours quand la peur rôde timidement, sans montrer son visage, dès qu’il est arrivé quelque chose, sans qu’elle sache quoi ni auquel des enfants venus au monde par là. Et le ventre répond toujours. Elle se touche dans quatre endroits différents, les quadrants de son buste entre la taille et la poitrine : d’abord le coin sous son sein droit (Olu), puis celui en bas à droite barré d’une petite cicatrice (Taiwo), puis celui en bas à gauche, contigu à Taiwo (Kehinde) et enfin celui en haut à gauche (Sadie), le bébé, son cœur. S’arrête un instant sur chacun pour analyser la sensation, le mouvement ou l’immobilité sous sa paume. A l’écoute ».

C’est un roman prenant, une écriture quelquefois très poétique, souvent qui prend aux tripes, une lecture qui fait du bien. J’ai beaucoup aimé !

PS : existe en poche

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